La crise du politique
mercredi 6 juin 2007
La question est « comment se prennent les décisions ? » La chaîne de décision ne permet pas de traiter les questions d’aujourd’hui et de demain. Anecdote significative : on a un ministère pléthorique pour les questions agricoles qui ne touchent plus que quelques % de la population active et on n’a pas même de secrétaire d’Etat aux services qui emploient la plus grande part de la population. La transformation ne peut s’opérer que dans une logique d’hybridation entre société civile et institutions. Pour des raisons aussi bien pratiques que théoriques.
La démocratie a apporté deux progrès majeurs sur la question du pouvoir : elle a permis de sortir du monopole du pouvoir et de pacifier ses modes de conquête. Ces avancées ne sont plus suffisantes pour traiter les problèmes actuels.
- 1er enjeu : passer d’une approche quantitative de la démocratie à une approche qualitative
La loi du nombre n’est pas une garantie de qualité. On sait que Hitler est arrivé au pouvoir porté par une majorité de citoyens. Le seul fait du nombre ne garantit pas la vertu. Il doit être possible de se poser la question de la qualité du travail du peuple. Le point essentiel est de disposer de processus permettant de construire du jugement. L’outillage existe (conférences de citoyens, jury délibératifs, et autres formes de démocratie participative,…) ; il faut apprendre à s’en saisir. Une minorité peut légitimement aider à faire bouger l’opinion majoritaire (cf. 12 hommes en colère).
- 2ème enjeu : faire face à l’ambivalence du pouvoir, à la fois puissance créatrice et puissance de domination
D’un côté, il y a le Pouvoir, avec un P majuscule et considéré comme un substantif : Pouvoir SUR ; de l’autre, il y a le pouvoir DE, verbe qui ne prend son sens que complété par un verbe d’action.
Pouvoir sur / pouvoir de
A la puissance de domination correspond la peur / à la puissance créatrice correspond la coopération. Les élus sont dans l’ambivalence : ils peinent à sortir de logique de puissance. Le pouvoir politique n’est évidemment pas le seul concerné par cette ambivalence : en économie, l’entreprise est dans la création/captation de richesses ; dans le domaine spirituel, les religions sont dans la création/captation du sens.
- 3ème enjeu : mener un travail sur soi pour développer une qualité relationnelle
Comment sortir de la déception de la découverte de l’autre comme autre ? Les groupes fonctionnent comme les relations amoureuses. Le premier temps est fusionnel, mû par le sentiment que l’autre est un autre soi-même. Le deuxième temps est celui de la découverte de la différence, la plupart des groupes (comme des couples) n’y résiste pas ; pour ceux qui passent à travers cette épreuve, le troisième temps consiste à goûter la différence de l’autre, à la rechercher et pas simplement à la supporter. Pour y parvenir il faut construire concrètement un rapport positif à la différence en apprenant à construire ses désaccords ; il faut plus fondamentalement évoluer dans sa « posture de vie ».
Construire des désaccords, c’est penser le conflit comme alternative à la violence. Le conflit n’est pas un problème en soi, c’est le malentendu qui va souvent avec. Si l’on cherche à clarifier sur quoi portent les désaccords, en donnant à chacun le même niveau d’information, en permettant à chacun de s’exprimer, bien des désaccords s’évaporent : ils n’étaient que des malentendus. Des désaccords mis en évidence sont plus faciles à assumer car on est d’accord au moins sur une chose : la nature de nos désaccords. Un bon moyen de traiter ces désaccords est de rechercher réciproquement ce qui est, de son point de vue, le plus recevable dans l’opinion de l’autre.
Mais travailler sur la relation à l’autre est avant tout un travail sur soi. Il faut parvenir à être au clair sur toutes les passions qui nous habitent : lucide par rapport à la puissance, à la richesse, au sens. Il faut travailler à développer la qualité de bien être et la joie pour ne pas être dans la recherche de compensation. Ainsi, dans les activités sociales, on peut vite passer de bénévole à « bénévoleur » et faire payer très cher sur le plan relationnel l’aide qu’on est censé apporter.
En ce sens, il s’agit bien de « choisir d’être heureux », ce qui est un acte très personnel… et très politique ! Dit autrement, il s’agit de revoir son rapport au temps pour vivre à la « bonne heure », c’est-à-dire en étant pleinement présent aux situations que l’on vit, aux rapports que l’on noue avec les autres… C’est aussi sortir du stress, de « la tension » pour aller vers « l’attention ».
- En complément, dans l’échange :
La sagesse, une question politique
La sagesse, la sainteté, la joie de vivre : trois termes équivalents pour Patrick Viveret. Proposer la « sobriété joyeuse » (ou toute autre formule de ce type) est clairement un enjeu majeur pour la politique. Est-ce pour autant aux élus de le porter ? On ne peut pas imposer la sagesse, les élus ont aussi en charge l’ici et maintenant et ne doivent pas placer la barre trop haut. En revanche il est indispensable que dans le champ politique cette question de la sagesse, de la sobriété soit portée par des acteurs qui proposent et explorent cette voie.
Pour que les élus puissent s’ouvrir à d’autres pratiques que la puissance dominatrice, il faut les aider à sortir de la précarité. Le travail sur le statut de l’élu reste indispensable. Une piste explorée avec Jean-Pierre Worms : que les anciens élus puissent devenir professeur associés dans l’enseignement supérieur pour partager leur expérience de la chose publique.
La joie comme critère d’évaluation
Le sourire est un bon indicateur. On repère très vite les sourires factices… Face au militantisme sacrificiel et au puritanisme guerrier qui nous menacent la coopération est une voie d’avenir, d’où l’idée d’un réseau des coopérateurs ludiques (voir charte ci-dessous). Il faut en effet renforcer les coopérateurs festifs pour sortir de la désespérance. Par effet de contagion, on peut gagner ceux qui ne sont pas encore des coopérateurs mais qui ne se reconnaissent pas dans les guerriers puritains : ce sont à la fois ceux qui auraient envie d’agir mais qui n’osent pas (les « et-si-nous ») et, plus difficile, ceux qui n’y croient plus (les « a-quoi-bon »).
Mots-clés
Site réalisé avec SPIP 1.9.2b + ALTERNATIVES
