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QUELQUES FONDAMENTAUX

pour comprendre de quoi nous parlons

jeudi 21 juin 2007

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DE L’HABITAT

Habiter est pour nous autres humains quelque chose qui nous relie aux autres espèces (avec lesquelles nous partageons le besoin du nid, du terrier, à la fois abri et espace d’intimité) et une marque de notre originalité (par la richesse des “artifices” que nous y manifestons).

Cette question de l’artifice expose et résume toute l’ambivalence de notre relation au monde : le passage de l’ingéniosité à la rouerie. Et on s’aperçoit vite qu’artificiel, signifiant au départ “produit par la technique”, a des synonymes peu engageants : factice, postiche, arbitraire, frelaté… (Petit Robert 2007).

Or nous vivons dans un monde de plus en plus artificiel . Plus grave : l’industrialisation des artifices nous dépossède du geste habile et créatif à l’origine du mot (du latin artificium, art, métier). On se trouve là devant une contradiction fondamentale de notre “société de consommation” laissant penser que la seule compétence qui vaille est de savoir gagner un argent sensé donner accès au bonheur de la possession, alors que l’authenticité est sans doute du côté du geste (quelque part entre l’expression spontanée du jeune enfant et l’art consommé de l’artisan ou de l’artiste réalisant son chef-d’œuvre).

Le fait que nous soyons passés d’ un savoir-faire partagé par tous les chasseurs-cueilleurs semi-nomades (construire en quelques heures avec les matériaux du lieu un abri pour la nuit ou pour quelque temps) à un endettement à vie pour payer les spécialistes d’un urbanisme réglementé et standardisé est-il en soi un progrès humain ? Ne doit-il pas y avoir entre les deux de nécessaires espaces de liberté permettant l’expression d’une infinité de modes de vie ?

DE LA DIGNITE

Les pouvoirs publics disent agir contre la cabanisation au nom de «  la lutte contre l’habitat indigne  » (PASED PO page 32). C’est mettre la barre très haut que de se placer ainsi sur le terrain de la dignité : peut-on imaginer notion plus subjective (qui d’autre que soi-même peut en être juge ?) et en même temps plus impérative (elle est affirmée et protégée par l’article 1 de la Charte Européenne des Droits Fondamentaux) que la dignité ?

Or ces mêmes pouvoirs publics n’entendent pas écouter les intéressés sur les conditions de cette dignité…

Car c’est malheureusement un fait : dans certaines conditions, l’humain, cet être unique, auquel normalement nous n’oserions pas faire de mal, devient une chose quelconque parce que nous le regardons à travers une idée générale, une abstraction : juif, jeune, noir, chômeur, SDF… Et ce faisant, c’est la dignité même de ces personnes qui est balayée, celle définie ainsi par Kant : Les choses ont un “prix” du fait qu’elles peuvent être remplacées par une autre à titre d’équivalent, les personnes ont une “dignité”, parce qu’elles sont uniques et ne peuvent être remplacées par rien . C’est alors ce « quelque chose dû à l’être humain du seul fait qu’il est humain » (Paul Ricœur) qui lui est refusé.

Quand le souci de la dignité de l’habitat est accompagné d’une pratique discriminatoire, d’une “chasse aux cabanes”, n’est-ce pas finalement un déni de dignité ? Car le véritable respect de la dignité de la personne implique le respect de son intégrité et des conditions qui lui permettent non seulement de vivre, mais aussi de s’épanouir et d’exercer ses droits à la citoyenneté.

En ce qui concerne l’habitat, il est donc illusoire de penser qu’une définition quantitative (en nombre de m2, de robinets ou de radiateurs) épuise jamais la question de la dignité… Bien d’autres aspects qu’aucune norme ne viendra jamais sanctionner entrent en compte : le choix du mode de vie, l’accès et la relation aux milieux naturel et social… Critères subjectifs, choix personnels, qui amènent certains à estimer que ni un HLM en périphérie urbaine ni une villa 4 faces dans un lotissement réglementé ne sont pour eux des habitats aussi dignes qu’une cabane faite de leurs mains, ni ne sont capables de leur offrir une aussi bonne qualité de vie…

Parmi les plus modestes ou les plus fragiles (c’est à dire ceux que les pouvoirs publics entendent protéger de l’indignité), la plupart sont prêt à accepter d’être soutenus par la collectivité pour accéder à une “maison” au sens conventionnel, et il faut les satisfaire. Certains vont pourtant préférer êtres autonomes dans un logement plus modeste, qu’ils peuvent assumer physiquement et financièrement, pour autant qu’ils puissent se l’approprier et s’y sentir en sécurité matérielle et affective. Et il faut leur en donner le droit !

Dans cet état d’esprit, l’auto-construction est bien la solution qui offre les plus fortes chances que l’habitat participe à la dignité de l’être humain. Car une personne qui s’investit dans la conception et la réalisation de sa “troisième peau” (HUNDERTWASSER), aussi modeste soit le logement, restaure et développe l’estime qu’elle a d’elle-même.

Vue sous cet angle, la “cabanisation” passe du statut de “problème à résoudre” par des institutions à celui de “moyen de s’épanouir et d’exercer ses droits” pour des personnes .

DE LA DIVERSITE

Les pouvoirs publics disent agir contre la cabanisation au nom de “la lutte contre l’exclusion, notamment des enfants”. Mais, en considérant que la seule solution “digne” consiste à loger tout le monde en HLM autour des grandes villes, ils réduisent tellement le champ du possible qu’il est peu probable que cela «  réponde à la satisfaction de tous les besoins de la population  » (PASED PO page 32)…

Si, à l’opposé, on fait le constat qu’en écologie le concept d’exclusion est un non-sens car c’est la diversité qui fait la stabilité des écosystèmes , on découvre que les pouvoirs publics prennent le problème par le mauvais bout. Une société qui souhaite réellement maintenir tous ses membres en son sein doit tolérer et organiser une grande variété de choix de modes de vie, ou, dans le cas qui nous occupe, d’habitats légalement reconnus.

Mettre en œuvre une politique locale du logement répondant à la satisfaction de tous les besoins de la population”, ça ne signifie pas laisser flamber le marché du terrain constructible et proposer une grande variété d’emprunts pour que tous accèdent à la propriété d’un cube de béton en s’endettant à vie ! Ça signifie écouter l’expression populaire des besoins réels dans leur complexité et élaborer les modalités de leur légalité dans l’intérêt général . Alors on pourrait escompter qu’il n’y ait plus d’exclus… pour la simple raison qu’il n’y aurait plus de modèle idéal dont on puisse se trouver exclu !

DE L’INTERET GENERAL

L’action des pouvoirs publics contre la cabanisation est implicitement faite au nom d’un intérêt général considéré comme opposé à des choix individuels néfastes. Mais ces deux notions n’ont pas le même sens pour tout le monde : l’intérêt général avancé ici ressemble bien trop à une somme d’intérêts individuels déguisés. En effet, les pouvoirs publics ne se formalisent pas du bétonnage des terres agricoles pour construire des lotissements dépourvus de toute norme écologique, même minimale. Ces lotissements sont pourtant un contresens flagrant à un intérêt général bien compris, aussi bien sur le plan de l’imperméabilisation des sols que sur celui de l’empreinte écologique. Faut-il rappeler que derrière cette pratique dite “conventionnelle”, il y a les intérêts des fabricants de matériaux, des promoteurs, des agents immobiliers et des spéculateurs fonciers (dont beaucoup d’élus font partie) ?

A contrario, le choix de la vie en “cabane“ au sens où nous l’entendons procède du :

  • respect des terres agricoles (qui sont l’héritage avec lequel les générations futures pourront se nourrir) et des milieux naturels en ne réalisant que des aménagements réversibles ;
  • respect des ressources naturelles
    • en étant indépendant des infrastructures centralisées (eau, gaz, électricité, stations d’épuration, ordures ménagères) dont certaines consomment plus qu’elles ne distribuent,
    • en entretenant les ressources locales (sources, canaux),
    • en utilisant des énergies renouvelables (bois, éolienne, solaire, hydroélectricité),
    • en pratiquant le recyclage des déchets (toilettes sèches, lagunage, compost).

Pour résumer : ce mode de vie a une empreinte écologique faible . Ainsi, même lorsqu’il est assumé par une seule personne, ce choix n’est pas “individuel” au sens où il serait opposé à l’intérêt général, mais s’inscrit au contraire dans une participation accrue au bien commun dans la recherche et l’expérimentation de solutions aux crises majeures qui sont nos challenges à venir ! Les signataires du manifeste revendiquent donc leur engagement au nom de l’intérêt général .

Un large débat doit maintenant s’ouvrir pour définir explicitement ce qui constitue l’intérêt général, au-delà des définitions implicites qui permettent actuellement aux pouvoirs publics de mener des actions discriminantes contre diverses populations sans autre justification.


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